Edito
06H43 - mardi 1 février 2022

La vaccination recule : la faute à Macron ? L’édito de Michel Taube

 

Le 12 juillet 2021, pour une (rare) fois dans son quinquennat, Emmanuel Macron fit preuve d’autorité. Et, une fois n’est pas coutume, elle ne s’arrêta pas à la rhétorique. En imposant le pass sanitaire aux Français qui, en définitive ne demandaient que ça, souhaitant ardemment retrouver une certaine normalité dans leur quotidien malgré et avec le Covid, il a convaincu ou du moins incité 12 millions de non-vaccinés à franchir le pas.

Six mois plus tard, le pass vaccinal, successeur du pass sanitaire, s’annonce comme un échec cuisant. Déjà, l’affluence baisse fortement dans les centres de vaccination contre le Covid.

Plusieurs raisons majeures peuvent expliquer cet échec :

Le pass vaccinal répondait plus aux spécificités du variant Delta qu’à celles du variant Omicron, ce dernier étant extrêmement contagieux et relativement peu virulent. C’est donc fort logiquement que les Français voient moins l’intérêt de se protéger d’une maladie perçue, certes souvent à tort, comme bénigne. S’y ajoute évidemment le fait que le vaccin n’empêche pas la transmission du virus, ce qui ne saurait toutefois occulter le fait qu’il la réduit, un argument qui a été fort insuffisamment mis en avant dans la communication gouvernementale.

Trop de médecins et autres épidémiologistes exposent sur les plateaux leur scepticisme, voire leur hostilité au pass vaccinal. Ce faisant, ils vont bien au-delà de leur mission de soignants et, pour tout dire, enfreignent deux passages du Serment d’Hippocrate qui, pourtant, en termes de déontologie, devrait les lier : « Je […] n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. » Et plus loin : « Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. » Nous l’avons déjà écrit, la défiance vis-à-vis de la vaccination, jusqu’en juillet 2021, puis à nouveau depuis janvier 2022, tient beaucoup à l’étalage des désaccords entre médecins sur les plateaux de TV et radio.

Peut-être faudrait-il que les médecins se réunissent pour ajouter à leur Serment un amendement solennel : « je n’étalerai point sur la place publique mes doutes ou mes incertitudes ni ne parlerai de ce qui n’est clairement établi ».

Ensuite, logistiquement, en termes d’intendance, on risque d’aller à une petite catastrophe : dans quinze jours, 3 millions de Français verront leur pass vaccinal se désamorcer selon le ministère de la Santé. Sur les réseaux sociaux, Olivier Véran appelle les Français à redoubler d’efforts.

Que se passera-t-il le 15 février si des centaines de milliers de nos concitoyens entrent dans leur restaurant favori et qu’on leur refuse subitement l’accès ?

Mais surtout, et la responsabilité en incombe évidemment au décisionnaire, donc au Président, le gouvernement a annoncé avant même l’entrée en vigueur du pass vaccinal le calendrier de relâchement des efforts de prévention qu’impose encore l’épidémie.

Les effets de cette erreur de communication n’ont pas tardé à se faire sentir : des services d’urgence engorgés, des millions de Français malades de l’Omicron, mais avec un nombre significatif de patients présentant pendant plusieurs jours des symptômes bien plus sévères que ceux de la grippe. Pour les immunodéprimés (personnes âgées, fragiles ou présentant des comorbidités) et bien entendu pour les non-vaccinés, Omicron est bien un Covid et non une grippette…

Il est regrettable que notre gigantisme et tentaculaire organisation de la santé publique (ceci expliquant sans doute cela) n’ait su (ou voulu ?) aller au-devant de ces personnes particulièrement vulnérables au Covid.  Par le biais des fichiers des caisses d’assurances maladie et d’outils informatiques existants et performants (Ameli, dossier médical partagé), il eût été possible de contacter une à une toutes les personnes devant se faire vacciner, qui ne sont pas toutes, tant s’en faut, des antivax dogmatiques. Par une communication bienveillante et citoyenne, il eut également été souhaitable que soient associés à cette incitation les voisins, associations de quartiers, municipalités, médecins de famille et médecins spécialistes qui suivent les patients atteints d’une pathologie spécifique, appelant à une vaccination contre le Covid.

Cette doctrine du aller-vers n’a jamais été que l’appendice de mesures massives imposées à tous les Français à l’aveugle. Ceux-ci s’en rendent compte !

Michel Taube

Directeur de la publication